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Emploi et formation dans le transport fluvial de fret : les défis d’une profession
Avec 8 500 km de voies navigables, la France dispose du plus grand réseau navigable d’Europe, mais ce potentiel est sous-exploité alors qu’il constitue le mode de transport de fret le plus écologique. Non saturé, l’Axe Seine pourrait accueillir trois à quatre fois plus de trafic fluvial qu’aujourd’hui.
La création d’un accès fluvial direct à Port 2000 au Havre à l’horizon 2027 et l’ouverture en 2032 du canal Seine-Nord Europe, nouvelle liaison fluviale reliant la Seine et l’Oise au nord de la France et au Benelux, constituent des chantiers majeurs devant favoriser le développement du transport fluvial de marchandises sur l’Axe Seine. A l’aulne de ces projets, le secteur va devoir relever de nombreux défis afin de disposer d’un nombre suffisant de navigants qualifiés et pouvoir répondre à ce développement attendu de l’activité de fret fluvial.
L’étude emploi compétences du Carif-Oref de Normandie sur le transport fluvial de fret s’attache à identifier et à analyser les enjeux d’emploi et de formation auxquels le secteur du transport fluvial va être confronté. Le présent zoom propose une présentation synthétique des besoins en emploi et en formation du secteur.
Le sommaire :
- Transport fluvial de fret : les chiffres clés
- Besoins en emploi : une profession en alerte
- Besoins en formation : une profession contrainte
- Evolution des métiers et des compétences : une profession en transition
Transport fluvial de fret : les chiffres clés
Emploi
- 900 établissements en France dont 11 % immatriculés en Normandie (99 établissements)
- Un effectif d’environ 2 000 personnes (salariés + non-salariés) travaillant dans le transport fluvial de fret en France dont environ 360 relevant de la Normandie
- Des effectifs principalement constitués d’artisans-bateliers et de membres d’équipage (matelots, timoniers, capitaines…) : 64 % au national et 74 % en Normandie
- Des contrats très stables pour les salariés avec 90 % de CDI
- Environ un tiers des artisans-bateliers âgés de 55 ans et plus.
Formation
- Deux diplômes et trois écoles en France
- Rentrée 2023-2024 :
. CAP Transport fluvial : 3 élèves
. Bac pro Transport fluvial : 149 inscrits sur les 3 années dont 47 % en apprentissage
154 diplômés en 2024 (81,5 % de réussite) - Insertion : six mois après la sortie du Bac pro, 81 % des sortants d’apprentissage sont en emploi contre 67 % des sortants de la voie scolaire.
Formations au transport fluvial
Besoins en emploi : une profession en alerte
Une situation tendue en matière de ressources humaines
Le secteur rencontre de sérieuses difficultés de recrutement depuis la sortie de la crise Covid. Confronté à une baisse d’activité pendant le Covid, le secteur a vu le départ de nombreux collaborateurs navigants qui ne sont pas revenus. La reprise d’activité sur le fret fluvial mais également la croissance du transport fluvial de passagers a augmenté les tensions entre les deux secteurs instaurant une concurrence plutôt favorable au transport de passagers. Dans le même temps une réforme européenne des qualifications est venue renforcer les conditions d’entrée dans la profession et durcir les qualifications, et par la même a amplifié les difficultés de recrutement à un moment où la profession avait le plus besoin de flexibilité et de nouvelles recrues.
Par ailleurs, la profession vieillit et son renouvellement n’est plus assurée comme par le passé. Les postes de capitaines sont particulièrement concernés, qu’il s’agisse de salariés ou d’artisans-bateliers. Or, si traditionnellement les enfants de bateliers se dirigeaient assez naturellement vers le même métier que leurs parents, il s’avère qu’ils sont de moins en moins nombreux à le faire. Et du côté des artisans-bateliers, la reprise de l’entreprise par une fils/fille n’est plus automatique.
L’objectif du secteur : attirer de nouveaux navigants
Aujourd'hui, la profession est consciente que le vivier de candidats se trouve à l’extérieur du monde de la batellerie, et que ses politiques de recrutement doivent cibler à la fois les jeunes en formation initiale et les personnes en reconversion.
Le secteur du transport fluvial de fret est conscient du manque d’attractivité de ses métiers, mais comment attirer quand on est si peu visible ? Secteur de niche, le transport fluvial de fret souffre d’une profonde méconnaissance de ses métiers par les jeunes, leurs parents mais aussi du côté des professionnels de l’emploi - formation et de l’orientation (établissements scolaires, France Travail, Missions locales, centres d’orientation...). Victime de son invisibilité, la profession a pourtant de nombreux atouts à mettre en avant : un travail au grand air dans un cadre naturel, une évolution salariale rapide, une autonomie et une liberté de travail, un emploi assuré quand on est formé…
Besoins en formation : une profession contrainte
La réforme des qualifications des personnels navigants : un frein au recrutement
La réforme européenne des qualifications professionnelles dans le transport fluvial, entrée en vigueur en France en 2022, est perçue par la profession comme un frein majeur à la capacité du secteur à se renouveler rapidement, notamment en raison de :
- l’allongement de la durée de l’expérience requise pour obtenir le permis qui passe de 100 jours de navigation à 540 jours
- la complexification des examens, qui entraîne des taux de réussite au permis moins bons (certificat de qualification de conducteur)
- conditions d’accès renforcées pour entrer comme homme de pont (1er grade quand on entre directement dans le secteur sans passer par la formation)
Transport fluvial : un dispositif de formation à étoffer… des moyens à trouver
Actuellement l’offre de formation initiale est restreinte puisque seul le Bac pro Transport fluvial est réellement proposé. Dans la profession, les avis sont partagés quant au besoin de redéfinir le dispositif de formation :
- remettre en place un CAP pour permettre à des jeunes qui n’ont pas le niveau pour faire un Bac pro d’accéder quand même au secteur
- monter le niveau de qualification en mettant en place un Bac +1 ou +2 permettant d’apporter davantage de connaissances et compétences en termes de management notamment
- monter une « filière » du CAP au Bac +2.
Actuellement, la réforme du Bac pro, suite à la réforme européenne des qualifications, semble trop récente pour engager des changements d’autant plus que l’urgence du moment est de travailler à la visibilité et l’attractivité des métiers pour attirer des candidats vers le Bac pro actuel.
Par ailleurs, la question des moyens se pose également : les établissements de formation ont des difficultés à trouver des enseignants, et ils souffrent d’un vieillissement de leurs équipements (notamment leurs bateaux-écoles), et parfois aussi de l’inadaptation de leurs locaux. Moderniser est ainsi une priorité avant même de proposer de nouvelles formations. Le CFANI localisé au Tremblay-sur-Mauldre (78), s’engage d’ailleurs dans un projet de relocalisation en lançant un appel à manifestation d’intérêt (AMI) fin 2025 visant à faire émerger un « pôle de compétence fluviale ».
Evolution des métiers et des compétences : une profession en transition
Évolutions technologiques et sociétales
Qu’elles soient liées au verdissement de la flotte fluviale, avec l’arrivée de nouvelles motorisations, ou aux systèmes de pilotage, les évolutions technologiques vont venir influer sur les compétences et les modes de travail dans le fluvial. Mais pour le moment une grande partie de ces évolutions sont en cours, à des stades différents :
- la flotte fluviale de fret est aujourd’hui quasi exclusivement équipée de moteurs à combustion interne au gasoil (GNR). D’ici à 2050, la flotte fluviale devrait passer d’abord par un usage accru de carburants alternatifs ou biocarburants, pour ensuite venir au rétrofit (transformation de la chaîne de propulsion). Au stade de prototypes ou d’expérimentation, les solutions alternatives au GNR pour les bateaux du fret fluvial sont actuellement explorées mais ne sont pas encore déployées.
- l’évolution des technologies liées à la conduite est en cours, mais l’automatisation avancée (les bateaux autonomes ou encore le pilotage à distance), est encore au stade de l’expérimentation dans le fret fluvial. S’il existe déjà de nombreuses aides à la navigation, des outils « d’éco pilotage » embarqués ou à terre, ou encore des outils liés à la logistique, l’heure de l’automatisation de la conduite n’est pas encore venue, même si des projets de bateaux autonomes ou encore de centres de pilotage à distance sont à l’étude ou en phase d’expérimentation en Europe.
La société et surtout les aspirations des jeunes générations pour un meilleur équilibre entre vies professionnelle et personnelle vont influer sur les modes de travail. La logistique urbaine fluviale, nouvelle activité qui consiste en l’approvisionnement fluvial des grandes métropoles, est actuellement en développement et répond à ces aspirations en offrant des horaires fixes et un travail en journée. L’apparition à l’avenir de centre de conduite à terre (pilotage à distance) pourrait également répondre à cette attente. Si ces changements dans la manière de travailler peuvent attirer un nouveau public vers le transport fluvial, les passionnés du fleuve continueront à trouver leur bonheur au grand air sur le fleuve.
Vers une montée en compétences dans le transport fluvial de fret
La montée en compétences devra intégrer des savoir-faire techniques traditionnels enrichis de compétences numériques, technologiques et environnementales pour accompagner les évolutions.
Conclusion
Les constats faits sur la situation de l’emploi et de la formation dans le transport fluvial de fret amènent à se pencher sur les leviers d’action permettant de lutter contre la pénurie de main d’œuvre et de favoriser les parcours de formation.
Trois axes de travail seraient ainsi à explorer :
- Axe 1 : Donner de la visibilité au secteur et à ses métiers
Le relatif anonymat du transport fluvial de fret pourrait être combattu avec des actions de communication et de sensibilisation spécifiquement ciblées en direction des différents types de publics (les jeunes et leurs familles) ou d’acteurs à sensibiliser (conseillers d’orientation, collèges, France Travail, Missions locales...). - Axe 2 : Aller vers une meilleure lisibilité des parcours
Afin de diversifier le vivier de recrutement et amener davantage de personnes vers le fluvial, il est essentiel que l’offre de formation soit lisible, compréhensible et adaptée aux différents publics en mesure d’accéder à la profession. Une vision claire de l’organisation des parcours professionnels dans le fluvial est également indispensable. Rendre les cursus plus lisibles, créer des parcours pour la reconversion ou pour fidéliser les collaborateurs sont des pistes de travail à creuser. - Axe 3 : Rendre le dispositif de formation attractif et performant
Actuellement peu dense, l’offre de formation doit s’adapter à la fois aux attentes de la profession et aux évolutions à venir dans le secteur, et pour cela il est nécessaire de disposer de moyens pédagogiques modernes et attractifs. Réorganiser le dispositif de formation initial et continu, et étudier une possible mutualisation des outils pédagogiques constituent deux axes de travail intéressants.
Hélène Rammant (Carif-Oref de Normandie)



